Douleurs Abdominales : Urgences Digestives
Guide complet : de l’appendicite à l’infarctus masqué – Savoir différencier et réagir au bon moment
URGENCE CHIRURGICALE OU MÉDICALE
• Impossibilité d’émettre gaz ou selles
• Vomissements incoercibles
• Fièvre élevée > 38,5°C
“Un ventre aigu est un ventre qui crie sa détresse”
Les douleurs abdominales nécessitent une évaluation rapide car elles peuvent cacher des urgences vitales comme une péritonite, une pancréatite aiguë ou un infarctus du myocarde inférieur.
Sommaire du Guide
Consultation pour douleurs abdominales
Après avoir lu ce guide, si vous avez des douleurs abdominales chroniques ou récidivantes
Réponse sous 24-48 heures • Consultation gastro-entérologie
1. Signes d’Urgence Abdomen Aigu
Les 7 signes qui imposent l’appel du 15
Ventre dur comme une planche, douleur à la palpation
Impossible de garder même de l’eau, vomissements bilieux
Plus de gaz ni de selles depuis 24h, ventre ballonné
Signe d’infection intra-abdominale sévère
Ne perdez pas de temps :
En cas de péritonite (infection du péritoine), chaque heure compte. Une appendicite perforée devient une péritonite généralisée en 24-48h. Ne prenez pas d’anti-douleurs sans avis médical car ils masquent les symptômes.
2. L’Infarctus Inférieur Masqué
L’urgence cardiaque qui simule une indigestion
POURQUOI les infarctus inférieurs donnent des symptômes digestifs :
L’artère coronaire droite irrigue la face inférieure du cœur. Quand elle s’obstrue, elle provoque une ischémie près du diaphragme. Les nerfs du cœur et de l’estomac partagent les mêmes voies nerveuses, créant une confusion cérébrale : le cerveau interprète la douleur cardiaque comme une douleur digestive.
• Douleur épigastrique (creux de l’estomac)
• Nausées, vomissements, éructations
• Sensation d’indigestion
• Transpiration abondante
• Parfois pas de douleur thoracique typique !
PATIENTS À RISQUE :
- Personnes diabétiques (neuropathie atténue la douleur)
- Femmes (présentation atypique plus fréquente)
- Personnes âgées > 75 ans
- Tabagiques, hypertension, cholestérol
- Antécédents familiaux de maladie cardiaque
Comment différencier :
Indigestion simple : Amélioration avec antiacides, pas de transpiration, pas d’essoufflement.
Infarctus masqué : Aggravation progressive, transpiration profuse, sensation de mort imminente, possible irradiation à la mâchoire ou au bras gauche.
3. Carte des Douleurs Abdominales
Localisation = Premier indice diagnostique
Épigastre
Estomac, pancréas, cœur (infarctus)
Hypocondre droit
Foie, vésicule biliaire, colon
Hypocondre gauche
Rate, pancréas, colon
Fosse iliaque droite
Appendice, ovaire droit, uretère
Fosse iliaque gauche
Colon sigmoïde, ovaire gauche
Hypogastre
Vessie, utérus, prostate
Règle diagnostique :
Une douleur qui migre (ex: épigastre → fosse iliaque droite) est très évocatrice d’appendicite. Une douleur qui irradie dans le dos suggère pancréatite ou calcul rénal.
4. Urgences Chirurgicales Digestives
Pathologies nécessitant une intervention rapide
| Pathologie | Symptômes caractéristiques | Délai avant intervention |
|---|---|---|
| Appendicite aiguë | Douleur FID, fièvre modérée, nausées | 24-48 heures max |
| Cholécystite aiguë | Douleur HCD + fièvre, irradiant à l’épaule droite | Urgence relative |
| Pancréatite aiguë | Douleur épigastrique transfixiante vers le dos | Hospitalisation immédiate |
| Diverticulite | Douleur FOG + fièvre, antécédents de constipation | Urgence médicale |
| Occlusion intestinale | Arrêt des matières/gaz, vomissements, ballonnement | Urgence absolue |
| Ulcère perforé | Douleur en coup de poignard, ventre de bois | Urgence chirurgicale |
Évolution temporelle :
Phase inflammatoire : 0-24h – Douleur localisée, nausées
Phase infectieuse : 24-48h – Fièvre, aggravation générale
Phase de complications : >48h – Péritonite, sepsis, choc
5. Urgences Médicales Abdominales
Pathologies médicales nécessitant hospitalisation
Colique Néphrétique :
Douleur lombaire unilatérale extrême, irradiant vers les organes génitaux, agitation, impossibilité de trouver une position antalgique. Urgence urologique.
Gastro-entérite sévère :
Diarrhées > 10/jour, vomissements, signes de déshydratation (soif, bouche sèche, urines foncées). Risque majeur : déshydratation aiguë chez nourrissons et personnes âgées.
Ischémie mésentérique :
Douleur abdominale disproportionnée par rapport à l’examen clinique. Terrain : personne âgée, artérite, fibrillation auriculaire. Urgence vasculaire.
Médicaments à risque :
- AINS (ibuprofène, diclofénac) : Risque d’ulcère gastroduodénal
- Anticoagulants : Risque d’hémorragie digestive
- Chimiothérapies : Toxicité digestive
- Antibiotiques : Colite à Clostridium difficile
6. Urgences Gynécologiques
Chez la femme en âge de procréer
Grossesse extra-utérine :
Douleur pelvienne unilatérale + retard de règles + métrorragies. Urgence vitale par risque d’hémorragie interne.
Torsion d’annexe :
Douleur pelvienne aiguë unilatérale, nausées, vomissements. Souvent présence d’un kyste ovarien connu.
Salpingite aiguë :
Douleur pelvienne bilatérale + fièvre + pertes vaginales purulentes. Risque de stérilité si traitement retardé.
Question systématique :
Toute femme en âge de procréer avec douleur abdominale doit être interrogée sur :
- Date des dernières règles
- Retard menstruel
- Contraception utilisée
- Antécédents gynécologiques
7. Comment le Médecin Diagnostique
L’examen clinique et les examens complémentaires
Interrogatoire minutieux :
- Mode de début : Brutal ou progressif ?
- Horaire : Relation avec les repas ?
- Migration : La douleur a-t-elle changé de place ?
- Facteurs aggravants/améliorants :
- Signes associés : Fièvre, diarrhée, vomissements ?
Examens prioritaires aux urgences :
- NFS + CRP : Infection ? Inflammation ?
- Lipasémie/Amylasémie : Pancréatite ?
- ECBU : Infection urinaire ?
- Échographie abdominale : Premier examen d’imagerie
- Scanner abdominal : Si diagnostic incertain
- ECG + Troponine : Si suspicion d’infarctus
- Beta-HCG : Chez toute femme en âge de procréer
Examen physique clé :
Palpation abdominale : Recherche de défense, contracture, douleur provoquée.
Signe de Blumberg : Douleur à la décompression brusque = péritonite.
Touchés pelvien et rectal : Si suspicion de pathologie pelvienne.
Cas Cliniques Réels
Retours d’expérience de consultations réelles
Cas n°1 – Homme de 58 ans, diabétique :
“Consultation pour ‘indigestion’ : douleur épigastrique, nausées, sueurs depuis 3 heures. Pas de douleur thoracique. ECG montrant un sus-décalage du segment ST en inférieur. Diagnostic : infarctus inférieur du myocarde. Angioplastie en urgence. Sauvetage du muscle cardiaque grâce à une prise en charge rapide.”
Cas n°2 – Femme de 32 ans :
“Douleur de la fosse iliaque droite évoluant depuis 24h, fièvre à 38°C. Signe de McBurney positif. Diagnostic : appendicite aiguë. Appendicectomie réalisée dans les 6h. Évolution favorable.”
Cas n°3 – Homme de 45 ans :
“Douleur épigastrique violente irradiant dans le dos, survenue après un repas gras arrosé. Lipasémie à 15 fois la normale. Diagnostic : pancréatite aiguë alcoolique. Hospitalisation en soins intensifs pendant 8 jours.”
⚠️ Ne sous-estimez jamais une douleur abdominale
Le ventre contient autant d’urgences vitales que la poitrine
URGENCES VITALES
15
Ventre dur, fièvre élevée, vomissements
CONSULTATION RAPIDE
24-48h
Douleurs chroniques ou récidivantes
Informations Médicales Approfondies sur les Douleurs Abdominales
Définition médicale : Une douleur abdominale est une sensation douloureuse perçue dans la cavité abdominale, entre le thorax et le pelvis. Elle peut être viscérale (organes creux), pariétale (péritoine), ou référée (provenant d’un autre territoire).
Épidémiologie : Les douleurs abdominales représentent 5-10% des consultations aux urgences. L’appendicite aiguë touche 7% de la population, avec un pic entre 10 et 30 ans. Les coliques néphrétiques concernent 1-2% de la population, surtout les hommes de 30-50 ans.
Physiopathologie de l’infarctus inférieur masqué : L’artère coronaire droite irrigue la face inférieure du ventricule gauche. Son occlusion provoque une ischémie qui stimule les afférences nerveuses du nerf vague et du plexus cœliaque, partagées avec le tractus gastro-intestinal supérieur. Cette convergence neurosensorielle explique pourquoi 15-20% des infarctus inférieurs se présentent avec des symptômes digestifs prédominants.
Bilan diagnostique standard : L’évaluation initiale comprend toujours :
- Interrogatoire : OPQRST (Origine, Provocation, Qualité, Radiation, Sévérité, Temps)
- Examen physique : Inspection, auscultation, percussion, palpation
- Examens de première intention : NFS, CRP, ionogramme, lipase, amylase, β-HCG
- Imagerie : Échographie abdominale (gold standard pour appendicite, cholécystite), scanner abdomino-pelvien (si doute diagnostique)
Diagnostic différentiel crucial :
- Appendicite vs salpingite : Toucher pelvien, échographie
- Cholécystite vs ulcère perforé : Radiographie abdomen face debout (pneumopéritoine)
- Pancréatite vs infarctus : ECG + troponine systématiques
- Colique néphrétique vs anévrisme de l’aorte : Scanner injecté
Prise en charge spécialisée :
- Chirurgie digestive d’urgence : Appendicectomie, cholécystectomie
- Médecine interne : Pancréatite, colite infectieuse
- Cardiologie interventionnelle : Infarctus inférieur
- Urologie : Colique néphrétique obstructive
- Gynécologie-obstétrique : GEU, torsion d’annexe
Message clé : Une douleur abdominale aiguë nécessite toujours une évaluation médicale. Le diagnostic d’infarctus inférieur masqué en symptômes digestifs est un piège diagnostique majeur, notamment chez les diabétiques, les femmes et les personnes âgées.
