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Pour en finir avec les régimes
Hormones épisode 2 – Cétogène, high carb, paléo, végan, groupes sanguins, génotypes
← Retour à la série Hormones📖 Sommaire — pour en finir avec les régimes
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🌿 Introduction – pourquoi cette vidéo
Une publication parlait d’une tribu native dont 70 à 80 % de l’alimentation était composée de sucres complexes (patates douces). La question posée : “Vous parlez d’obésité en liant les sucres à la prise de poids, mais regardez ces populations, cela démonte votre théorie.” Dans les réponses, j’ai vu énormément de gens parler de déterminisme génétique, de médecine traditionnelle chinoise, de régime par groupe sanguin, de cétogène, etc.
Cette vidéo a pour ambition d’examiner sérieusement toutes ces approches, à la lumière de ce que la physiologie, la paléogénétique et l’anthropologie alimentaire nous apprennent vraiment. Elle propose une voie alternative, ni nouvelle ni à la mode, mais cohérente avec la biologie de l’humain comme espèce omnivore par excellence.
La démarche est simple : pour chaque approche examinée, je reconnais honnêtement les bénéfices documentés que ses pratiquants rapportent. Puis je pose la vraie question : ces bénéfices viennent-ils de la stratégie d’exclusion revendiquée, ou de tout autre chose ?
Un document d’accompagnement de 90 pages reprend l’intégralité de la matière en lecture posée, avec toutes les références scientifiques citées dans la vidéo. Il est disponible gratuitement sous la vidéo.
↺ Retour au sommaire🧬 Le régime par déterminisme génétique
Ces approches ont une logique commune : “Nous sommes faits d’une certaine manière, donc il y a une alimentation qui nous correspond, et c’est toujours la même.”
Ce qu’elles ont d’intéressant : l’idée qu’on ne doit pas tous manger la même chose. Le problème : en fixant 3-4 types différents, en s’hyperfocalisant sur certains allèles, elles réduisent cette diversité à une proportion congrue.
Les études cliniques ne confirment pas leur pertinence
- Étude Food Form (1582 participants) : personnalisation génétique complète intégrant plusieurs polymorphismes. Après 6 mois, aucune différence significative entre les groupes.
- Étude PREDICT 1 (1122 participants) : suivi de la glycémie, du microbiote, du sommeil, des hormones postprandiales. La variabilité était principalement expliquée par le microbiote, le sommeil, le rythme alimentaire, et seulement marginalement par les gènes.
- Personalized Nutrition Project (800 participants) : pas de prédictibilité génétique.
Trois études convergentes sur presque 3500 personnes qui nous disent que la génétique n’a pas vraiment d’influence.
Le problème fondamental : la génétique n’est pas fixée
Le terme “génotype” vient de “genos” (gène) et “typos” (fixé). Mais la génétique humaine n’est pas fixée. Elle évolue et, surtout, elle n’existe pas en dehors de son environnement. Ce qui s’exprime maintenant, c’est l’épigénétique.
La méthylation peut activer ou désactiver un gène à l’échelle de quelques heures ou jours. Un gène sans contexte n’est qu’une séquence d’ADN inerte. Ce qui est important, c’est l’expression génétique, qui varie au jour le jour.
🩸 Le régime par groupes sanguins
Le problème : il existe une quarantaine de classifications différentes pour les groupes sanguins (Rhésus, Kell, Duffy, Kidd, Lewis, MNS, Lutheran, Diego, YT, XG, Scianna, Dombrock, etc.). Chaque système contient lui-même de nombreuses variantes. Le système Rhésus comprend 50 marqueurs différents, le système Kell une trentaine.
En multipliant toutes ces possibilités, le nombre de signatures sanguines différentes se compte en plusieurs milliards — exactement le nombre d’individus qu’il y a sur la planète. Le sang ne se réduit pas à ses marqueurs de surface : composition du plasma, globules blancs, protéines de transport, statut en anticorps, facteurs de coagulation, statut hormonal du moment.
La classification ABO est une approximation faite pour éviter les accidents lors des transfusions sanguines, pas une catégorisation biologique fondamentale de la personne, et encore moins une base pour prescrire une alimentation.
Étude de Jingzun Wang (2014, 1455 participants)
Cette étude a testé directement l’hypothèse des régimes par groupe sanguin. Les effets favorables observés sont liés à la nature des aliments recommandés (plus de végétaux, moins d’ultra-transformés), et non au groupe sanguin. Les personnes du groupe O qui suivaient les recommandations du groupe A tiraient le même bénéfice. La corrélation groupe sanguin / alimentation optimale n’existe pas.
↺ Retour au sommaire🌿 Les typologies traditionnelles (MTC, Ayurveda)
La problématique est d’extraire de ces systèmes complexes juste l’aspect alimentaire et de le réduire à quelques typologies (“Tu es humide et froid” en MTC). Cela crée une grille extérieure qui te catégorise — mais on pourrait faire 5, 10, 15 catégories, on serait toujours à côté de la plaque.
Même avec 1000 critères communs, nous ne serions pas les mêmes individus avec les mêmes besoins. La catégorisation est un piège.
La dérive des réseaux sociaux
La médecine traditionnelle chinoise caricaturée diabolise souvent l’alimentation crue : “Le cru éteint ton feu de l’estomac.” D’un point de vue physiologique, il n’y a pas de feu dans l’estomac. Le cru est généralement plus digestible (contenu enzymatique supérieur). La notion d’éteindre l’estomac a une cohérence dans le système symbolique global, mais extraite et ramenée à des recommandations alimentaires, elle ne tient pas la route.
La diabolisation des aliments crus dits “froids et frais” : l’organisme maintient une homéostasie thermique. Tout aliment est ramené à la température interne du corps. Si tu consommes des aliments à température ambiante, le corps n’a pas à forcer.
Le yin et le yang : une lecture physico-chimique
Ce qu’on appelle le yang, c’est ce qui est salé, dense, avec peu d’eau. Physiologiquement, un individu fatigué n’a pas besoin de produits trop dilués. Pas besoin de catégorisations fortes pour comprendre ça.
🔬 Il n’y a rien de fixé – exemple AMY1A et résistance à la lactase
L’exemple d’AMY1A (amylase salivaire)
AMY1A code la production d’amylase salivaire, une enzyme qui permet la digestion des sucres. Le nombre de copies de ce gène varie entre 2 et 18 copies selon les individus.
On pourrait en déduire des prescriptions : plus de copies = plus capable de digérer les sucres. Mais la réponse d’un individu à un sucre donné dépend beaucoup moins de ce gène que de circonstances environnementales :
- La matrice alimentaire : est-ce que les sucres arrivent avec des fibres, des micronutriments, ou de manière isolée ?
- Le rythme du repas : plus tu mâches, plus tu imprègnes avec l’amylase.
- Le microbiote intestinal : les bactéries du côlon fermentent en grande partie les amidons.
- La cuisson : un sucre complexe cuit, refroidi puis réchauffé libère moins de sucre dans le sang.
Étude de Fiona Atkinson (2008) : l’index glycémique d’un aliment dépend principalement de la matrice alimentaire, du rythme du repas et du contexte global, pas du génotype individuel.
L’exemple de la lactase
L’allèle de persistance à la lactase permet la digestion du lactose. Chez les Européens, il est présent à 90 % ; chez les Asiatiques, à 10 %.
Mais avant 8000 ans, aucun adulte humain ne consommait de lait, et l’allèle de persistance à la lactase était quasiment absent du génome humain. L’élevage laitier s’est installé en Europe, et progressivement, l’allèle s’est répandu.
L’inversion logique : les Asiatiques ne consomment pas de produits laitiers parce qu’ils n’ont pas cet allèle. C’est l’inverse : ils n’ont pas cet allèle parce qu’ils ne consomment pas de produits laitiers. Notre génome s’adapte à notre environnement.
L’adaptation au jour le jour se fait d’abord par le microbiote (quelques jours), puis par la méthylation (quelques semaines/mois), puis par l’induction enzymatique.
🗺️ La sélectivité est l’exact inverse de ce qui a fait l’histoire du vivant
L’histoire de l’humanité, c’est un chemin permanent de découverte de nouveaux espaces, de nouveaux aliments, et d’adaptation de notre génétique et de notre organisme à ces nouveaux aliments. Ce qui fait la force de l’humain, c’est sa capacité à s’adapter à la nouveauté et à l’intégrer en lui.
La tendance à regarder notre génotype ou notre groupe sanguin pour exclure certaines catégories, c’est un mouvement d’introversion, alors que le mouvement de l’humanité depuis sa création est un mouvement d’exploration.
🧫 L’adaptation non génétique prime sur la génétique
Trois couches d’adaptation
- Le microbiote : s’adapte en 4 jours. Une étude de 2014 dans Nature montre qu’au 4e jour, le microbiote s’adapte à un changement d’alimentation.
- La méthylation de l’ADN (expression épigénétique) : s’opère en quelques semaines à quelques mois. Une étude de Romain Barres (2012, Cell Metabolism) montre que 8 semaines d’exercice physique modifient l’expression génétique de plusieurs centaines de gènes.
- L’induction enzymatique : quelques jours à quelques semaines. De nombreuses enzymes humaines sont inductibles — leur expression est modulée par la présence du substrat. Si tu consommes un aliment, les enzymes sont produites ; si tu ne le consommes pas, elles ne le sont pas.
L’exemple d’APOE
APOE (apolipoprotéine E) transporte le cholestérol dans le sang. Trois polymorphismes : APOE2 (protecteur, 5-10 % de la population), APOE3, APOE4 (facteur aggravant).
On pourrait dire : APOE4 → attention aux graisses ; APOE2 → protégé. Mais :
- Étude FINGER (1260 participants à risque cognitif) : le bénéfice du mode de vie est aussi important chez les porteurs d’APOE4 que chez les non-porteurs. Le mode de vie annule l’influence génétique.
- Chez les porteurs d’APOE2 (protecteur), 1 à 4 % peuvent développer une pathologie spécifique (dysbêtalipoprotéinémie familiale) en présence de déclencheurs métaboliques : prise de poids, sédentarité, résistance à l’insuline, consommation excessive d’alcool.
🦠 La génétique microbienne VS la génétique cellulaire
- Génome nucléaire cellulaire : 23 000 gènes. Évolue par mutation aléatoire + sélection naturelle sur des dizaines, voire des centaines de milliers d’années.
- Génome microbien intestinal : environ 3 millions de gènes. Pour chaque gène humain, le corps héberge en moyenne 130 gènes bactériens qui participent à la digestion, à l’immunité et au métabolisme.
Le génome microbien fonctionne sur des temporalités radicalement différentes : quelques jours. La transmission est horizontale (contrairement à la transmission verticale cellulaire) :
- Transformation : une bactérie capte directement de l’ADN libre présent dans son environnement.
- Conjugaison : deux bactéries entrent en contact direct et transfèrent des fragments d’ADN.
- Transduction : des virus bactériens (bactériophages) transportent des fragments d’ADN d’une bactérie à l’autre.
L’adaptation se passe au niveau microbien. La génétique cellulaire est une mémoire à long terme, mais l’adaptation quotidienne est microbienne.
🚫 Les régimes par exclusion – qu’ont-ils en commun ?
Les six facteurs communs
- 1. Éviction des aliments ultra-transformés : tous ces régimes, quels qu’ils soient, excluent les aliments ultra-transformés car ceux-ci mélangent tous les macronutriments. L’indice NOVA (1 à 5) corrèle la transformation alimentaire avec l’émergence des maladies de civilisation.
- 2. Diminution de la densité énergétique : les aliments ultra-transformés ont une densité énergétique 2 à 2,5 fois plus importante que les aliments bruts. Pour un même volume, 2 à 2,5 fois plus de calories.
- 3. Diminution de l’hyperpalatabilité : les aliments ultra-transformés sont conçus pour tromper l’appétit. L’industrie a développé une science du goût pour activer maximalement les centres du plaisir.
- 4. Monotonie alimentaire : restreindre un macronutriment réduit la palette alimentaire, ce qui diminue naturellement la prise alimentaire.
- 5. Attention dirigée vers l’alimentation : quand tu t’intéresses à ton alimentation, tu consommes des produits de meilleure qualité.
- 6. Qualité accrue des aliments : fraîcheur, produits bruts, moins transformés.
⚖️ Bénéfices et dangers de chaque régime
1. Le régime cétogène (éviction des sucres)
Bénéfices : diminution de la résistance à l’insuline, amélioration des triglycérides, brouillard mental qui se lève, stabilité énergétique, bénéfices dans l’épilepsie pharmacorésistante.
Dangers à long terme :
- Effondrement de la conversion de T4 en T3 (hormones thyroïdiennes). La désiodase de type 1 est indexée sur le statut glucidique.
- Augmentation de la reverse T3 qui bloque les récepteurs à la T3 (étude Diet Fits, British Medical Journal 2018).
- Baisse de l’IGF1 (facteur de croissance) – sarcopie possible.
- Perturbation de l’axe HPG (hypothalamus-pituitaire-gonades) chez les femmes.
2. Le régime low carb / high carb (éviction des lipides)
Bénéfices : baisse spectaculaire de la tension artérielle (régime Kempner, 1939), baisse du cholestérol total et LDL (15-30 % en quelques mois), perte de poids.
Dangers à long terme :
- Effondrement de la synthèse des hormones stéroïdiennes (cortisol, testostérone, œstrogène, progestérone, aldostérone).
- Baisse de la testostérone chez l’homme (étude de 1984).
- Déficit en vitamines liposolubles (A, D, E) – absorption réduite sans présence de lipides.
- Altération des membranes cellulaires et de la gaine de myéline.
- Perturbation des incrétines (CCK) : pas de signal de satiété.
3. Le régime hypoprotéiné (végétalisme strict)
Bénéfices : activation de l’autophagie, baisse de MTOR, imitation du jeûne (FMD de Walter Longo), bénéfices pour les fonctions rénales en cas de surcharge protéique.
Dangers à long terme :
- Sarcopie et effondrement de la masse musculaire.
- Effondrement de l’IGF1.
- Déficit en acides aminés essentiels.
- Baisse de la synthèse immunoglobulique et dysfonction des lymphocytes T et B.
- Déficit en acides gras oméga3 (EPA et DHA) – conversion inefficace de l’ALA végétal.
- Déficit en vitamine B12, choline, créatinine, taurine.
4. Le régime hyperprotéiné (type Atkins)
Bénéfices : effet thermogène des protéines, perte de poids rapide.
Dangers à long terme :
- Surcharge rénale chronique (élimination des acides aminés et de l’acide urique).
- Acidose métabolique chronique.
- Déminéralisation : les acides aminés soufrés produisent de l’acide sulfurique et phosphorique, le corps puise dans ses réserves minérales.
- Augmentation de l’IGF1 avec inhibition de l’autophagie.
- Dysbiose protéolytique : protéines non digérées dans le côlon, fermentation par les bactéries protéolytiques, production de composés toxiques (ammoniaque, phénols, indoles, sulfure d’hydrogène).
📉 Pourquoi tous ces régimes si différents font-ils tous maigrir ?
- Régime cétogène : perte de glycogène (chaque gramme de glycogène stocke 3g d’eau) → perte d’eau massive ; densité énergétique des graisses → élévation du métabolisme.
- Régime high carb : faible densité calorique des végétaux, ou indice de satiété très important pour les glucides complexes (riz, pomme de terre).
- Régime hyperprotéiné : effet thermique élevé des protéines.
- Régime hypoprotéiné : éviction de produits animaux, diminution de la densité énergétique.
- Facteur commun : le déséquilibre métabolique adaptatif. Le corps doit compenser le nutriment manquant (production de corps cétoniques, lipogenèse, etc.) — ces activités de survie ont un coût énergétique (environ 25 % de perte énergétique pour la lipogenèse).
🌱 L’exclusion va à l’encontre de la force adaptative du vivant
Le fait de fonctionner à très long terme sur un seul nutriment ne fait pas travailler l’adaptabilité — au contraire, elle spécialise l’organisme à l’extrême. Si vous ne pouvez pas vous sentir bien en consommant un nutriment et que vous êtes obligé de l’évincer, ce n’est pas un signe de force, c’est un signe de faiblesse.
En situation de pénurie alimentaire, si tu n’es pas capable de fonctionner de manière adéquate en mangeant ce que la nature te donne, c’est une fragilité, pas une force. La restriction de la palette alimentaire est quelque chose de totalement antinaturel, anti-intuitif, qui n’a jamais existé dans l’histoire humaine.
↺ Retour au sommaire🗣️ Le prosélytisme des régimes par exclusion
L’exemple de la diabolisation des sucres
Un partisan du cétogène montre un carré de sucre en disant “voilà la quantité de sucre qui circule dans le sang”. Puis il compare une banane à 6 carrés de sucre. Problème : le sucre qui circule dans le sang est du glucose, pas du saccharose. Et une banane est un aliment avec sa matrice alimentaire, pas 6 carrés de sucre.
La vitesse de digestion, la vitesse d’assimilation, et le système adaptatif de l’organisme (qui stabilise les pics de sucre) rendent cette comparaison absurde. N’importe qui peut manger une banane sans en mourir — la preuve : vous pouvez le faire et continuer à regarder la vidéo.
L’exemple de la diabolisation des graisses
Certains militants disent que “le gras alimentaire vient boucher les artères”, “le cholestérol que vous mangez devient le cholestérol qui obstrue vos vaisseaux”. C’est totalement faux : le cholestérol est une molécule complexe décomposée par la digestion, et le cholestérol humain est produit par le foie à partir d’éléments simples.
Le “paradoxe français” : dans le Gers, les gens consomment beaucoup de matières grasses non transformées et l’incidence des maladies cardio-vasculaires est extrêmement faible. Ce n’est pas un paradoxe : les études qui corrélaient les graisses saturées avec les maladies cardiovasculaires utilisaient des acides gras trans (graisses transformées à hautes températures) — des ultra-transformés.
👃 L’alliesthésie – écran de contrôle du système hormonal
Michel Cabanac, physiologiste français à l’université de Laval (Québec), a créé ce mot : “alios” (autre) + “anesthésia” (sensation).
Dans ses expériences, il donne une solution sucrée à des participants et leur demande d’évaluer le plaisir procuré. Il constate que l’appréciation du sucre est conditionnée par l’état glycémique de l’organisme. Plus tu es en hypoglycémie, plus tu as de plaisir à consommer du sucre. Plus tu es saturé de sucre, plus la solution devient neutre puis écurante.
L’alliesthésie : le plaisir gustatif et olfactif d’un aliment varie en fonction de l’état physiologique interne du corps à l’instant donné. Le corps va rendre très appétent un produit qui contient les nutriments dont il a précisément besoin.
Le mécanisme physiologique
Les centres hypothalamiques (noyau arqué, paraventriculaire, ventromédian) intègrent en permanence des dizaines de signaux internes : glycémie, lipidémie, statut en acides aminés, signaux hormonaux (insuline, leptine, ghréline, GLP1, PYY, cortisol), signaux thermiques, statut en sodium, fer, vitamines. L’hypothalamus envoie des projections nerveuses vers le cortex insulaire et l’amygdale, qui modulent en temps réel l’évaluation hédonique des saveurs et des odeurs.
Un même aliment produit des stimulations identiques sur les récepteurs gustatifs de la langue, mais l’interprétation cérébrale de ces signaux est différente selon l’état hormonal interne.
🍲 Alliesthésie et alimentation transformée
Dans l’histoire de l’humanité, le plaisir et le besoin physiologique étaient corrélés. Le goût sucré signalait l’énergie rapidement disponible. Le goût salé signalait les minéraux. Le goût gras signalait l’énergie dense. L’umami signalait les protéines. L’amertume signalait les toxines potentielles.
À partir des années 1950-60, une nouvelle discipline a émergé dans les laboratoires des grandes industries alimentaires : la science du goût appliquée à l’industrie. Objectif : tromper nos récepteurs gustatifs pour que ce que nous mangions soit toujours bon, que le niveau de stimulation des centres du plaisir soit maximal.
Les trois pièges de l’industrie
- 1. Palatabilité artificielle : combinaison sucre-sel-gras-arômes qui active maximalement le système de récompense du cerveau.
- 2. Conditionnement émotionnel : manger en réponse au stress, à l’ennui, à la fatigue, sans signal nutritionnel réel.
- 3. Brouillage chronique : le seuil de plaisir gustatif se réajuste à la hausse. Un aliment naturel paraît fade, et on devient accro à des produits de plus en plus ultra-transformés.
Étude de 2019 : deux groupes avec exactement les mêmes calories et macronutriments. Groupe ultra-transformé : prend du poids. Groupe brut : poids stable. La différence, c’est l’ultra-transformation et le trompage des mécanismes alliesthésiques.
↺ Retour au sommaire📊 Catégories d’aliment et précision de l’alliesthésie
Les quatre niveaux
- Niveau 1 : aliments bruts (fruits crus, légumes crus, noix, graines, poisson cru, œuf cru, viande crue) — alliesthésie précise maximale.
- Niveau 2 : aliments cuits simples (légumes cuits à la vapeur, viande grillée, poisson poché, féculents bouillis) — alliesthésie continue à fonctionner, donne une direction.
- Niveau 3 : aliments traditionnellement transformés (fromages affinés, pains au levain, fermentés, charcuterie traditionnelle, huiles pressées à froid) — alliesthésie à moindre mesure.
- Niveau 4 : aliments ultra-transformés (biscuits, plats préparés, sodas, viennoiseries, céréales, sauces industrielles) — alliesthésie court-circuitée. Le signal hédonique est saturé, le signal homéostatique déconnecté.
L’alliesthésie peut nous guider sur les trois premiers niveaux, pas sur le quatrième.
La pratique
L’idée n’est pas de pratiquer ce type de test tous les jours. Mais de temps en temps, surtout quand on est perdu, on peut se réindexer. L’idéal : partir d’un moment où on a vraiment faim (après un jeûne intermittent), prendre une diversité d’aliments, et tester par le goût ce qui parle le plus.
🎯 En guise de conclusion
Aucun de ces paramètres ne peut être capté par une grille théorique préalable parce qu’aucun n’est stable. Le vivant est un dialogue permanent. La santé, c’est suivre ce mouvement, arriver à ressentir ce mouvement, développer sa connaissance de soi-même.
Trois libérations concrètes
- On n’a plus à se soucier de grille fixe (génétique, sanguine, ethnique, par profil). Aucune de ces grilles ne capte la réalité dynamique de notre dialogue avec l’environnement.
- On n’a pas à s’enfermer dans un régime par exclusion macronutritionnelle prolongée.
- On n’a plus à choisir son camp. Les débats ceto vs high carb vs végan vs carnivore, on peut en sortir complètement.
Trois pistes pour accéder à cette liberté
- Observer son alliesthésie au quotidien avant chaque repas. Est-ce que cet aliment me plaît vraiment ou est-ce que je le mange par habitude ?
- Sortir des aliments ultra-transformés. C’est le truc sur lequel tout le monde est d’accord. Arrêtez les ultra-transformés, consommez des produits de petits producteurs locaux.
- Explorer ponctuellement des séances d’alimentation type alliesthésique. Prendre un aliment cru et brut dans un état de calme et d’attention, et écouter.
🔍 Voulez-vous en apprendre plus sur la pratique de l’alimentation sensorielle ?
Une vidéo spécifique pourrait développer des exercices pratiques pour expliquer comment ça se passe : comment réindexer son alimentation, comment écouter ses sensations, comment distinguer une envie réelle d’un conditionnement.
La démarche de Régénère est adogmatique. Je suis incapable de savoir quels sont vos besoins physiologiques aujourd’hui. Je suis incapable de connaître mes besoins de demain. Mais demain me renseignera sur demain. Vous recevrez vos informations pour vous, et ainsi vous pourrez vous guider au mieux.
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📘 À propos de cette vidéo
Cette page reprend l’intégralité du contenu de l’épisode 2 de la série Hormones : “Pour en finir avec les régimes”. Elle examine les approches par génotype, groupes sanguins, typologies traditionnelles, les régimes par exclusion, et propose l’alliesthésie comme boussole biologique pour une alimentation personnalisée en temps réel.
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