Dr. Moatassime – Médecin Généraliste
33 ans d’expérience à Fleury-les-Aubrais (45) • RPPS 10002078391
Urgences Dermatologiques : La Peau, Miroir du Corps
Purpura fulminans, nécrolyse épidermique, cellulites, cancers cutanés – La peau révèle les urgences internes
URGENCE DERMATOLOGIQUE ABSOLUE
• Décollement cutané étendu (> 10% du corps)
• Lésions bulleuses extensives avec érosions
• Cellulite avec fièvre et altération de l’état général
• Mélanome évolué (règle ABCDE)
“La peau est le miroir des maladies internes”
Une lésion cutanée n’est jamais banale. Elle peut être le premier signe d’une infection grave, d’un cancer interne, d’une maladie auto-immune ou d’une réaction médicamenteuse mortelle.
Sommaire du Guide
Examen dermatologique
Inspection minutieuse de la peau
Lésion suspecte
Nécessite une évaluation rapide
Dermatoscope
Examen approfondi des lésions
Consultation pour lésion cutanée suspecte
Lésion nouvelle, changement d’aspect, signes d’infection – Consultation dermatologique urgente
Réponse sous 24-48 heures • Consultation dermatologie
1. Urgences Dermatologiques Absolues
Les situations qui imposent une consultation immédiate
Appuyez sur la lésion avec un verre transparent. Si elle ne s’efface PAS = PURPURA = URGENCE ABSOLUE (méningocoque, sepsis).
La peau se décolle au simple frottement = NÉCROLYSE ÉPIDERMIQUE TOXIQUE = URGENCE VITALE (réanimation).
Décollement cutané > 10% de la surface corporelle = hospitalisation en urgence en réanimation ou unité de grands brûlés.
DÉLAIS CRITIQUES :
- Purpura fulminans : Mortalité de 30% en 24h sans traitement
- Nécrolyse épidermique : Chaque heure compte pour arrêter le médicament responsable
- Cellulite nécrosante : Extension de 2-3 cm/heure, chirurgie en urgence
- Mélanome métastatique : Pronostic directement lié à l’épaisseur (indice de Breslow)
2. Purpura et Vascularites
Quand les petits vaisseaux saignent dans la peau
Purpura pétéchial
Petites t punctiformes
Purpura vasculaire
Lésions inflammatoires
PURPURA FULMINANS : L’URGENCE INFECTIEUSE ABSOLUE
Cause : Infection à méningocoque (Neisseria meningitidis), pneumocoque.
Signes : Fièvre + purpura extensif + état de choc.
Test : Vitropression négative (ne s’efface pas).
Traitement : Antibiotiques IV en urgence (céphalosporine 3G) + réanimation.
Mortalité : 30% en 24h sans traitement.
| Type de purpura | Caractéristiques | Causes principales | Urgence |
|---|---|---|---|
| Purpura pétéchial | Petits points < 3mm, non palpables | Thrombopénie, infection | +++ si infection |
| Purpura ecchymotique | Larges taches > 1cm | Trouble coagulation, trauma | + si extensif |
| Purpura vasculaire | Palpable, inflammatoire | Vascularite, infection | ++ |
| Purpura fulminans | Nécrotique, extensif rapide | Méningocoque, sepsis | URGENCE ABSOLUE |
VASCULARITES SYSTÉMIQUES :
- Purpura rhumatoïde (HSP) : Enfant, purpura des membres inférieurs + douleurs abdominales + arthralgies
- Vascularite à IgA : Adulte, purpura palpable + glomérulonéphrite
- Granulomatose avec polyangéite (Wegener) : Purpura + atteinte ORL + poumons + reins
- Périartérite noueuse : Nodules sous-cutanés douloureux + neuropathie
3. Infections Cutanées Graves
Des infections qui peuvent tuer en quelques heures
Cellulite infectieuse
Rougeur chaude et douloureuse
Fascéite nécrosante
“Bactérie mangeuse de chair”
FASCÉITE NÉCROSANTE : “BACTÉRIE MANGEUSE DE CHAIR”
Germes : Streptococcus pyogenes, Staphylococcus aureus, bactéries anaérobies.
Signes : Douleur disproportionnée + œdème dur + crépitation (gaz) + bulles hémorragiques.
Évolution : 2-3 cm/heure, nécrose des fascias.
Traitement : Chirurgie débridante large + antibiotiques IV + réanimation.
Mortalité : 30-50% même avec traitement.
• Fièvre > 38,5°C avec frissons
• Tachycardie, hypotension
• Altération de l’état général
• Extension rapide (> 2 cm/24h)
• Bulles, nécrose, crépitation
• Diabète, immunodépression
| Infection | Profondeur | Symptômes | Traitement |
|---|---|---|---|
| Érysipèle | Derme superficiel | Plaque rouge bien limitée, fièvre | Antibiotiques per os |
| Cellulite | Derme profond | Rougeur mal limitée, douleur, fièvre | Antibiotiques IV |
| Fascéite | Fascias | Douleur atroce, crépitation, nécrose | Chirurgie + antibiotiques IV |
| Gangrène gazeuse | Muscles | Crepitation, odeur nauséabonde | Chirurgie + pénicilline |
4. Nécrolyse Épidermique Toxique (NET)
La réaction médicamenteuse la plus grave (mortalité 30%)
Syndrome de Lyell
Décollement cutané étendu
Nécrolyse épidermique
Peau qui se décolle
MÉDICAMENTS RESPONSABLES :
- Anti-épileptiques : Carbamazépine, phénytoïne, lamotrigine
- Antibiotiques : Sulfamides, pénicillines, quinolones
- Anti-inflammatoires : Allopurinol, AINS
- Autres : Névirapine, inhibiteurs de pompe à protons
1. Phase prodromique (1-3 jours) : Fièvre, malaise, conjonctivite
2. Phase éruptive : Érythème douloureux, cibles atypiques
3. Phase de décollement : Peau se décolle en “lambeaux” > 30% corps
4. Phase de complications : Infections, déshydratation, atteinte muqueuse
PRISE EN CHARGE : RÉANIMATION SPÉCIALISÉE
- Arrêt immédiat du médicament suspect
- Hospitalisation en réanimation ou centre de brûlés
- Soins cutanés stériles (comme pour grands brûlés)
- Réhydratation massive (pertes cutanées)
- Traitement symptomatique de la douleur
- Prévention des infections (antibioprophylaxie)
- Cicatrisation dirigée des muqueuses
5. Cancers Cutanés : Urgences Diagnostiques
Quand une tache ou un grain de beauté devient dangereux
Asymétrie
Forme non symétrique
Bords
Bords irréguliers
Couleur
Plusieurs couleurs
Diamètre
> 6 mm
Évolution
Changement rapide
Mélanome
Cancer le plus grave de la peau
Carcinome
Basocellulaire ou spinocellulaire
| Type de cancer | Caractéristiques | Facteurs de risque | Urgence |
|---|---|---|---|
| Mélanome | Règle ABCDE, métastases précoces | Exposition solaire, phototype clair, naevi nombreux | +++ (exérèse urgente) |
| Carcinome basocellulaire | Nodule perlé, ulcération centrale | Exposition solaire chronique, âge | + (croissance lente) |
| Carcinome spinocellulaire | Croûte adhérente, ulcération | Exposition solaire, immunodépression | ++ (métastases possibles) |
| Maladie de Bowen | Plaque érythémateuse squameuse | Exposition à l’arsenic, rayonnements | + (carcinome in situ) |
SIGNES D’ALERTE POUR UN MÉLANOME :
- Signe du “vilain petit canard” : Une lésion différente des autres
- Changement rapide : En taille, couleur, épaisseur
- Saignement spontané : Sans traumatisme
- Démangeaisons ou douleur : Nouvelle sensation
- Localisations à risque : Dos chez l’homme, jambe chez la femme
6. La Peau, Miroir des Maladies Internes
Quand une lésion cutanée révèle une maladie d’organe
Lupus érythémateux
Éruption en “ailes de papillon”
Dermatomyosite
Signe du châle et des paupières
| Signe cutané | Maladie associée | Signes systémiques | Urgence |
|---|---|---|---|
| Érythème noueux | Sarcoïdose, infections, IBD | Adénopathies, toux, diarrhée | + (recherche étiologie) |
| Livedo reticularis | Vascularite, APS, embolies | AVC, fausses couches, thromboses | ++ |
| Acanthosis nigricans | Diabète, cancers digestifs | Hyperglycémie, amaigrissement | +++ si cancer |
| Érythème migrant | Maladie de Lyme | Arthralgies, neurologique, cardiaque | + (traitement antibiotique) |
| Xanthélasmas | Hypercholestérolémie | Risque cardiovasculaire | + (bilan lipidique) |
SIGNES CUTANÉS DES MALADIES CARDIAQUES :
- Xanthomes tendineux : Hypercholestérolémie familiale → risque infarctus précoce
- Osler (nodules douloureux) : Endocardite infectieuse
- Janeway (macules indolores) : Endocardite infectieuse
- Cyanose périphérique : Insuffisance cardiaque, shunts
- Œdème des membres inférieurs : Insuffisance cardiaque droite
SIGNES CUTANÉS DES MALADIES PULMONAIRES :
- Hippocratisme digital : Bronchopneumopathie chronique, cancer bronchique
- Cyanose centrale : Insuffisance respiratoire chronique
- Érythème noueux : Sarcoïdose, tuberculose
- Dermatomyosite : Cancer bronchique sous-jacent (paranéoplasique)
7. Diagnostic et Examens Dermatologiques
Comment le dermatologue fait le diagnostic
Dermatoscope
Examen grossissant des lésions
Biopsie cutanée
Prélèvement pour analyse
EXAMEN CLINIQUE DÉTAILLÉ :
- Inspection : Type de lésion, couleur, taille, forme
- Palpation : Consistance, sensibilité, température
- Vitropression : Test du verre (purpura ou non)
- Signe de Nikolsky : Décollement au frottement
- Examen des muqueuses : Bouche, yeux, organes génitaux
- Examen général : Recherche de signes systémiques
| Examen | Indication | Ce qu’il montre | Délai de résultat |
|---|---|---|---|
| Biopsie cutanée | Tumeur, lésion atypique, diagnostic incertain | Histologie (type cellulaire) | 7-10 jours |
| Examen mycologique | Suspicion de mycose | Champignons (KOH), culture | 24h-3 semaines |
| Examen bactériologique | Infection cutanée | Germe + antibiogramme | 24-48h |
| Immunofluorescence | Maladie bulleuse auto-immune | Dépôts d’anticorps | 7-10 jours |
| Patch tests | Eczéma de contact | Allergènes responsables | 48-96h |
QUESTIONS CLÉS DU DERMATOLOGUE :
- Depuis quand ? Évolution dans le temps ?
- Localisation initiale ? Extension ?
- Symptômes associés ? Démangeaisons, douleur, fièvre ?
- Facteurs déclenchants ? Médicaments, soleil, aliment ?
- Antécédents personnels/familiaux ? Allergies, cancers, maladies auto-immunes ?
- Traitements en cours ? Prescrits ou automédication ?
Cas Cliniques Réels
Pièges diagnostiques en dermatologie
Cas n°1 – Enfant de 3 ans :
“Fièvre à 40°C, taches rouges sur les jambes. Diagnostic initial : virale. Vitropression : ne s’efface pas. Diagnostic : purpura fulminans à méningocoque. Traitement : antibiotiques IV en urgence. Sauvetage grâce au test du verre.”
Cas n°2 – Homme de 45 ans, diabétique :
“Douleur intense à la jambe, rougeur étendue. Diagnostic initial : érysipèle. Évolution : bulles hémorragiques, crépitation. Scanner : gaz dans les tissus. Diagnostic : fascéite nécrosante. Traitement : chirurgie débridante large + antibiotiques.”
Cas n°3 – Femme de 28 ans :
“Prise de lamotrigine pour épilepsie. Apparition de bulles, décollement cutané. Signe de Nikolsky positif. Diagnostic : nécrolyse épidermique toxique. Traitement : arrêt du médicament, hospitalisation en réanimation. Guérison avec séquelles.”
Cas n°4 – Homme de 60 ans :
“Grain de beauté qui change d’aspect depuis 3 mois. Règle ABCDE positive. Biopsie : mélanome de Breslow 1,2 mm. Traitement : exérèse large + curage ganglionnaire. Surveillance rapprochée.”
⚠️ La peau ne ment jamais
Une lésion cutanée peut être le premier signe d’une maladie grave
URGENCES VITALES
15
Purpura non effaçable, décollement cutané
RÈGLE ABCDE
ABCDE
Mélanome : Asymétrie, Bords, Couleur, Diamètre, Évolution
CONSULTATION
48h
Lésion nouvelle, changement d’aspect, signes d’infection
Informations Médicales Approfondies sur les Urgences Dermatologiques
Épidémiologie : Les urgences dermatologiques représentent 5-10% des consultations aux urgences. Le purpura fulminans a une incidence de 1-3/100 000 habitants, avec une mortalité de 30% malgré le traitement. La nécrolyse épidermique toxique est rare (1-2/1 000 000) mais gravissime (mortalité 30%). Les mélanomes concernent 15 000 nouveaux cas par an en France, avec une augmentation de 3-5% par an.
Physiopathologie du purpura fulminans : L’infection à méningocoque provoque une endotoxinémie massive (lipopolysaccharide) déclenchant une cascade inflammatoire : activation du complément, libération de cytokines (TNF-α, IL-1), activation de la coagulation (CIVD), lésion endothéliale. Ceci aboutit à des thromboses microvasculaires diffuses responsables du purpura nécrotique.
Classification des infections cutanées : Selon la profondeur : érysipèle (derme superficiel), cellulite (derme profond et hypoderme), fascéite (fascias), myosite (muscles). Le score de LRINEC (Laboratory Risk Indicator for Necrotizing Fasciitis) aide à différencier cellulite simple et fascéite : CRP > 150, leucocytes > 15, hémoglobine < 11, sodium < 135, créatinine > 1,6, glucose > 10.
Pharmacovigilance et NET : Le syndrome de Lyell est une réaction d’hypersensibilité de type IV retardée. Implique souvent des molécules à faible poids moléculaire qui agissent comme haptènes. Prédisposition génétique liée à certains HLA (HLA-B*1502 pour la carbamazépine). Le SCARTS (Severe Cutaneous Adverse Reaction To drugs) score évalue la probabilité d’imputation d’un médicament.
Dermato-oncologie : Le mélanome se classe selon l’indice de Breslow (épaisseur en mm) : in situ, < 1 mm (bon pronostic), 1-2 mm, 2-4 mm, > 4 mm (mauvais pronostic). Le taux de survie à 5 ans varie de 99% pour un mélanome in situ à 15% pour un mélanome métastatique. Les carcinomes basocellulaires ont différents types : nodulaire (80%), superficiel, sclérodermiforme (à risque de récidive).
Dermatologie et médecine interne :
- Lupus érythémateux : Lésions spécifiques (érythème en papillon, lésions discoïdes) et non spécifiques (vascularite, urticaire, livedo)
- Dermatomyosite : Signe pathognomonique : papules de Gottron sur les articulations, érythème héliotrope des paupières
- Sclérodermie : Phénomène de Raynaud, sclérose cutanée, télangiectasies, calcifications
- Sarcoïdose : Lupus pernio (lésions violacées du nez), lésions infiltrées, érythème noueux
- Vascularites : Purpura palpable, livedo, ulcérations, nodules sous-cutanés
Technologies diagnostiques avancées : La dermatoscopie (épiluminescence) augmente la précision diagnostique des lésions pigmentées de 20-30%. La microscopie confocale permet un examen histologique in vivo. La tomographie par cohérence optique (OCT) visualise les couches cutanées. La biologie moléculaire (PCR, séquençage) identifie les pathogènes et les mutations génétiques.
Message clé : La dermatologie est une spécialité à la fois visuelle et systémique. Une lésion cutanée doit toujours être analysée dans son contexte général. Les urgences dermatologiques (purpura fulminans, nécrolyse épidermique, fascéite nécrosante) sont des urgences vitales nécessitant une prise en charge immédiate. La règle ABCDE du mélanome et le test du vitropression pour le purpura sont des outils simples mais salvateurs. En cas de doute, une consultation dermatologique rapide peut sauver des vies.
